LA COMMUNICATION ORGANISATIONNELLE

6587Dans le carde de l’un de nos cours j’ai étudié le chapitre 1 du livre « Communication des organisations » écrit par Sylvie Grosjean et Luc Bonneville.

Je vous propose donc ici une analyse de ce dernier.

Introduction :

C’est vrai que la communication organisationnelle, est une discipline  assez récente mais, beaucoup discutée surtout les dernières années  par des professeurs, des étudiants, des chercheurs, des praticiens… Sans doute, il y a plusieurs manières pour la définir, mais est-ce qu’on sait vraiment de quoi il s’agit ? Ce qui est sûr est le fait qu’on parle des organisations de toutes sortes qui composent notre société : éducatives, sanitaires, politiques, culturelles etc.  Les employés dans ces entreprises ont des tâches différentes basées sur la « communication » pour l’accomplissement des leurs buts, pour la structure de leur organisation, pour suivre l’évolution…C’est donc à travers la communication organisationnelle qu’ils développent des stratégies pour :

« Interagissent, échangent, entrent en relation, communiquent avec les publics variés que sont clients, les actionnaires, les partenaires commerciaux, etc. (communication externe), et le personnel (communication interne) ;

« Cherchent à valoriser ou à améliorer leur image, à faire la promotion de leurs produits ou services (publicité, marketing) » ;

« Souhaitent défendre leurs intérêts (lobbying) et renforcer leurs relations avec certains acteurs (relations publiques) ».

Toutefois on a des différences essentielles de la communication organisationnelle selon les endroits de son développement. Pour cela on va analyser les racines et les processus de la discipline en Amérique du Nord et en France.

En Amérique du Nord :

Sciences de la communication en Amérique =Speech

En français ne peut pas être traduit parce que c’est  parole, mais il s’agit d’allocation « (capacité de bien s’exprimer en interaction avec d’autres) ».

Speech=  « incorpore un ensemble de présupposés uniques, surtout par son orientation vers la pratique expressive en se servant de la langue et par son manque d’attention à la dimension médiatique ».

1912-1990 : SCA : Speech Communication Association (même association,  le  changement du nom)

Après  les années 1990       : NCA : National Communication Association

Mais, le mot communication en Amérique du Nord, comme dans d’autres pays aussi, fait penser  surtout à l’étude des médias, (ICA) International Communication Association, une orientation absolument différente que cette de speech. Pour cela, aujourd’hui aux Etats-Unis existent toutes les  deux disciplines distinguées par les universités américaines qui proposent deux programmes différents.

Au milieu du XIX siècle la majorité de la population en Amérique du Nord se compose par des paysans et il y a une homogénéité des origines. Au Quebec et à la Louisiane il y a une majorité des anglais, mais aussi des milliers des esclaves qui ne sont pas considérés comme des citoyens. Le reste des régions est encore inhabitées ou habitées par des tribus « Indiennes ». En Europe la situation diffère car on est déjà dans la révolution industrielle qui est bien avancée et elle a changé le statut rural du continent. Mais déjà, en Europe contrairement aux Etats-Unis les communautés sont « homogènes » et « bien identifiées » (géographiquement). Le grand changement aux Etats-Unis se fait de 1920 à 1950 où on a une vaste augmentation des immigrants qui cherchent à réaliser « la Grande Idée ». La plupart entre eux ne parlent même pas l’anglais « de 23 millions en 1850 à plus de 106 millions de personnes en 1920 ». Par conséquence : « urbanisation rapide, croissance économique chaotique ».= un ensemble de besoins : culture, éducation, divertissement. La création en 1874 du mouvement « Chatauqua » a beaucoup contribuée à l’accomplissement de ces besoins.  Il a groupé des artistes et des pédagogues qui faisaient des tours (visites) dans chaque ville pour présenter des spectacles de musique, d’opéra, ils faisaient des lectures pour aider le peuple  à intégrer dans la culture. Ca explique le besoin de l’époque pour la formation d’une discipline, de la speech communication, qui exprimait la situation des citoyens. De plus, les citoyens avaient besoin d’apprendre la langue anglaise pour communiquer et pour pouvoir travailler dans des entreprises qui se multipliaient et les directeurs exigeaient de savoir écrire et de « faire des présentations orales structurées ». C’est donc sous ces conditions qu’on a le développement de la communication des organisations en Amérique du Nord même si jusqu’à 1968 on parle de Business and Industrial Communication.

Avec le développement de la psychologie sociale à partir de 1930 la communication des organisations est estimée comme un sous-domaine des relations humaines  qui s’intéresse surtout aux capacités humaines (attitude, compréhension, dynamique). Son indépendance d’une science autonome ne vient qu’à partir des années 1940.

Avec la guerre, le domaine de communication, de speech communication change, pour pouvoir attacher les soldats au milieu militaire. La performance des soldats aux conflits est une affaire de la speech communication. On peut trouver des exemples dans le livre The American Soldier qui a été écrit après pour décrire le rôle de la communication pour la cohérence des groupes. De plus, la période d’après-guerre, la psychologie sociale et la sociologie sont centrées sur les pratiques de la communication. Finalement, en 1948 avec la publication de la théorie mathématique de la communication de Claude Shannon on décrit la communication comme un « état d’une préoccupation scientifique ».

Le domaine de la speech communication est devenu principal dans les Etats de l’ouest surtout à Michingan, à l’Indiana, au Minnesota, à Los Angeles etc mais, dans l’est du pays, aux universités les plus célèbres comme Harvard, Yale etc il n’est pas assez reconnu. Mais, l’explication se trouve à la croissance économique rapide de l’ouest contrairement à l’est. Depuis 1950 aux universités de l’ouest les thèses de doctorat sur la communication sont en demande.

  • En 1948 après l’initiative de certains professeurs,  parallèlement à la SCA on a aussi la création, de la NSSC (National Society for the Study of Communication).
  •  Les années 1960 on a les premiers ouvrages sur le domaine de la communication des organisations : 1961,1968 Lee Thayer et de Charles Redding 1964,1972.
  • 1963 publication d’une revue scientifique : le Journal of Business Communication
  • 1967 Phil Tompkins et Lee Thayer publient indépendamment des rapports de recherche.
  • 1988 Redding et Tompkins décrivent la monographie de Thayer (première essai sérieuse pour cadrer la communication)
  • 1967 Finalement Tompkins fait apparaitre la notion d’organizational communication
  • 1969 la NSSC se transforme en ICA(International Communication Association)

Les années ’70 plusieurs auteurs font une introduction systématique à la communication organisationnelle (Farace, Monge, Russell)

En 1976 Sage publie une recension avec le nom Organizational Communication : Abstracts, Analysis and Overview. Cette recension est liée avec des rapports de recherches dans le domaine de la communication organisationnelle.

Plusieurs universités offrent pour la première fois des programmes de recherche et d’enseignement dans le domaine.

Mais c’est quoi la communication organisationnelle à cette époque ?

L’ouvrage de Falcione et Greenbaum, publié en 1980 nous explique qu’a part la communication interpersonnelle, l’analyse des systèmes de communication, le rôle des médias dans la gestion, des thèmes assez célèbres de l’époque, le sujet le plus étudié  c’est tout ce qui a à faire avec le dynamique des équipes, la motivation et le leadership. Ca veut dire les facteurs de communication et les buts organisationnels.

La communication organisationnelle a deux tendances dominantes :a) «  la communication dans l’organisation et les recherches qui portent une attention toute particulière à la gestion » et « l’analyse sociologique des systèmes ». Quand on parle d’analyse à l’époque on est orienté soit vers l’individu et ses réactions (vision micro) soit vers l’organisation en tant que système des individus. (vision macro).

Pendant les années ’60 et ’70  parallèlement avec l’évolution aux recherches en communication organisationnelle, on a la naissance d’un mouvement qui n’a rien à faire avec la psychologie, la sociologie fonctionnaliste, la gestion, mais il est lié avec l’interactionnisme, l’ethnographie, l’ethnologie etc…

Dans les années  ’60 et ’70 on a un détour dans la façon qu’on étudie la communication sur les plans théorique et méthodologique contrairement aux recherches qui restent les mêmes. Pour leur changement est nécessaire l’intervention de Karl E.Weick et Anthony Giddens qui dans un seul colloque en 1981 ont réussi à changer le concept qui existait jusqu’à là. Weick accentue plutôt l’organizing (la dynamique) que l’organisation (l’unité sociale) et Giddens propose l’unification de micro/macro en «  mettant l’accent sur la constitution de la structure en tant que propriété de l’interaction et soulignant l’importance du rapport signifiant/signifié dans la constitution de l’action ».

Avant 1980 : Virage interprétatif. Domination de l’approche fonctionnaliste en communication organisationnelle. La communication est un artefact, un moyen de contrôle, un instrument de persuasion ».

En 1980 on a le développement de l’approche « interprétative » =nouvelle conception. « L’organisation devient un espace symbolique, construit par des signes où les individus réinventent continuellement la réalité par et à travers des actions de communication ».

La conférence d’Alta

En été 1981, certains chercheurs américains se groupent à Alta pour présenter leurs idées en ce qui concerne la communication organisationnelle.  Deux années après, cette conférence de ce jour-là est la motivation pour un ouvrage collectif sous le nom : Communication and organizations : an interpretive approach (Putnam et Pacanowsky, 1983) il s’agit d’un ouvrage qui parle de la volonté pour un ouvertement de la communication à d’autres approches aussi qui sont plus critiques et interprétatives, à part le fonctionalisme. Dans le premier chapitre Weick parle déjà des entortilages qui existent autour de la notion de la communication. Par conséquence, jusqu’à là on n’était pas en position d’avoir une théorie claire de quoi elle s’agissait vraiment la communication, et on se perdait dans ses niveaux d’analyse micro et macro sans pouvoir comprendre leur distinction. Par la suite, Putnam travaille sur le plan de donner une vision claire de l’organisation en tant qu’une construction des symboles, des paroles et des comportements. Il suit le processus matériel et social pour expliquer les rapports entre les personnes qui communiquent « et qui évoluent grâce au conflit et au changement ».

Dans les années 1980 aussi, dans le domaine de la communication organisationnelle de l’université de Montréal, on a le premier programme d’études de langue française en en 1987 on a un programme de doctorat dans la même université. Le fondateur du programme est J.R Taylor. Cette orientation est très différente des filières qui dominent aux Etats-Unis. Elle s’intéresse surtout au langage comme source de la connaissance et des relations et à son rôle pragmatique dans les rapports sociaux. Par conséquent l’accent est mis sur la méthodologie qui est en partie « inspirée de l’analyse des conversations ». Une conception très important selon Weick, l’inventeur du mot organizing qui introduit le terme enactment pour la décrire. Ce mot correspond à la fois à la loi de la communauté et aux activités courantes produites par la communauté. On a donc à faire avec la dynamique de l’organizing. J.R Taylor ajoute dans cette approche montréalaise, la microtechnologie, ça veut dire «  le rapport des médias et l’évolution de la structuration organisationnelle ». Sa théorie est présentée dans trois livres : Une organisation n’est qu’un tissu de communications, (Taylor, 1988) Rethinking the theory of organizational communication (Taylor, 1993), The vulnerable fortress (Taylor et Van Every, 1993)

Organizing –Terme inventé par Weick

Virage discursif Pendant la décennie de 1980 le modèle japonais inspire la littérature des organisations qui donne importance à la culture. Ce courant a été développé grâce à la croissance des femmes dans le domaine des études  et de leur mouvement féministe et critique envers la dominance masculine. En même temps, pendant les années 1990, on a la naissance d’une nouvelle tendance, celle de la narrativité « dans la construction imaginaire de la réalité organisationnelle » (Boje, 2001 ;Czarniawska, 1997). Cette nouvelle évolution nous conduira à une autre, celle du discours.

En 1993, Ruth Smith, dans le cadre de sa thèse, elle fait une analyse des articles publiés depuis 1960 jusqu’à là  pour voir comment les chercheurs lient la communication avec l’organisation. A partir des ses recherches elle découvre qu’un grande pourcentage de 70% croit que la communication est le contenu et l’organisation est le contenant, ça veut dire que la communication a lieu dans l’organisation. Cependant, elle veut vraiment trouver une manière pour mieux expliquer l’organisation et la communication mais, il n’y a pas des théories vraiment profondes liées au rapport organisation-communication. Tous les chercheurs de l’époque associent leurs recherches à d’autres domaines qui n’expliquent pas le rapport entre l’organisation et la communication: la sémiotique, la cybernétique, la phénoménologie, la psychologie sociale, la sociologie critique.

En 2001 Taylor avec d’autres chercheurs publient un chapitre intitulé « Organizational Communication Research » dans l’annuaire de la communication Communication Yearbook 24. Une partie de ce chapitre est dédiée à la relation entre communication et organisation. A la suite de cette problématique révèle la question : «  En quoi les approches actuelles innovent-elles °? » Harold Innis annonce : « l’innovation est un effet de la marginalité ». « Dans les domaines de savoir bien établis, la discipline et forte, car les tentatives d’innovation sont assujetties à un jury composé des ceux qui ont fait preuve de maîtrise des règles de la pratique scientifique, c’est à dire les anciens. Les marginaux, par contre, sortent exempts de ce contrôle disciplinaire, car ils ne sont pas soumis au correctif habituel d’un jury de paires. Ils peuvent alors plus librement poursuivre des chemins d’exploration autrement non fréquentés ». Sa réflexion pourrait expliquer dans une partie l’influence de l’université de Montréal dans le domaine de la communication organisationnelle mais ce qui est important c’est la curiosité qui est née pour découvrir ce qui est vraiment le rapport entre la communication et l’organisation. Quelques propositions commencent donc à se faire par Putnam et Nicoreta en 2009 dans le livre The communicative Constitution of Organization.

Cependant, jusqu’en 1993, les recherches qui ont eu lieu à l’université de Montreal restaient inconnus aux membres de l’ICA et de la SCA. Quatre auteurs : François Cooren, Nicole Giroux, Daniel Robinchaud et James R. Taylor ont mis fin à cette situation avec la publication d’un article intitulé « The communicational basis of organization : Between the conversation and the text » en 1996. Cet article présente le processus organisationnel qui distincte la conversation/texte.  Les conversations produisent des textes. Les textes produisent le contexte de ces conversations=encadrement stable. Même si le texte, produit des conversations, n’est pas reconnu, le processus reste toujours. Cette conception collective est devenue la marque de l’école de Montréal et elle a donné l’impulsion pour la réalisation d’un colloque à Montréal en 2008 avec le sous-titre : « Qu’est-ce qu’une organisation °? Matérialité, action et discours ».Matérialité  parce que toute activité sans objets techniques, artefacts, outils physiques etc ne peut pas s’actualiser par des acteurs. « Pour eux toute action est donc dès le départ hybride métissée, à la fois matérialisée et socialisée par son enchâssement dans une transaction, ce qui constitue le fond même de la communication ».Les chercheurs montréalais consolident leur argument en donnant deux perspectives : celle de l’action d’un acteur par rapport a un objet afin de lui donner une valeur et celle d’une action du même acteur par rapport à un deuxième objet et une deuxième personne soit le patron soit un client, qui bénéficie la valeur. Dans le deuxième cas, le premier acteur est le traducteur du deuxième. Cependant, il existe toujours la possibilité que l’agent trahisse son patron ou son client de la même facilité qu’il les traduit. « Un tel modèle peut être vu comme la matière à partir de laquelle se construit une organisation complexe : un ensemble de noyaux d’actions et de délégations, à la fois horizontal et vertical, animé par des agents humains et non humains ». (Latour, 1989)

Pourtant, cette théorisation de « réalisme critique »(Fairclough, 2005) est partiellement juste parce qu’il faut voir aussi la troisième dimension de la construction théorique, le discours. C’est vrai que toute action humaine pour sa réalisation a besoin des matériel non-humain mais, lorsqu’on a à faire avec un être humain qui implique un deuxième être humain pour des raisons différentes (persuader, menacer) notre matériel est le langage. L’agent véritable pour encore une fois est l’objet non-humain. Toutefois,  ca pourrait être le contraire aussi : l’être humain d’être l’agent véritable de l’objet non-humain. Par exemple quand on a crée les voitures, on l’a fait pour nous faciliter mais, on n’a pas prévu le grand pourcentage des morts à cause des accidents routiers, comme on n’a pas prévu la pollution sur l’environnement. De la même manière on ne peut pas savoir toutes les conséquences de la fabrication d’un ensemble de discours qu’on fait car de la même manière qu’on agit sur les objets, ils agissent sur nous aussi.

Finalement, les recherches qui ont eu lieu à l’école de Montréal ont donné une dimension révolutionnaire dans le concept de la communication organisationnelle qui existait jusqu’à cette époque à l’Amérique du Nord. Cependant ce qui ne peut pas être mis en doute c’est la base de toutes les analyses : l’homme. Neanmois, George Herbert Mead souligne que « l’identité de l’individu n’est qu’un effet de relation » donc les chercheurs du Montréal nous désignent une nouvelle orientation vers l’analyse de la relation. Un objet de débats actif aujourd’hui, dont on attend les résultats.

La situation en France

La notion de la communication des organisations en France diffère de celle du Canada et de l’Amérique du Nord. Pour comprendre cette différence il faut voir la « communication organisationnelle non comme un domaine de recherche où débattent des auteurs, mais d’abord comme la résultante d’une histoire proprement disciplinaire, présentant ici la discipline (scientifique) comme une institution de recherche et de formation ».En France la communication organisationnelle n’est pas une discipline indépendante.  Il fait plutôt partie du « domaine d’exercice d’enseignements-chercheurs en sciences de l’information et de la communication »(SIC) qui ont fait leur apparence en 1975. La communication organisationnelle est apparue encore plus tard en 1990. Il y a cependant une distance par rapport aux autres disciplines de filière professionnelle comme le marketing, la publicité, les relations publiques et la communication d’entreprise.

En France on avait deux formes d’institutionnalisation  (Boure, 2007, p.9, faisant suite à Whitley, 1984) qui influencent le cham disciplinaire :

« L’institutionnalisation sociale : organisation interne de la recherche et de l’enseignement, structures sociales de reproduction et de légitimation, modes d’allocation des ressources, systèmes de publication et normes sociales. »

« L’institutionnalisation cognitive : formulation de questions de recherche, de concepts et de théories, travail sur les méthodes, délimitation du champ épistémique, choix des sujets et des terrains, etc. »

Maintenant en ce qui concerne les organisations et la communication on a d’une part le premier producteur scientifique – une université de masse-dans les années 1960.= impact sur le développement  et l’autonomisation des disciplines. Ex : doctorat en sociologie en 1958, disciplines autonomes : les sciences de l’éducation en 1967, les sciences de la gestion en 1969, les sciences de l’information et de la communication en 1975.D’autre part après la Libération on a un recours aux Sciences Humaines et Sociales, une évolution des disciplines, née grâce à l’inquiétude économique, sociale et politique. C’est la première fois que l’Etat veut faire des recherches sur les technologies de l’information et de la communication, sur les industries culturelles ( Rapport Mattelart et Stourdzé, 1982 ; Rapport NoraMinc, 1978)

Entreprises, organisations : comment les disciplines se sont-elles rapprochées de ces projets ?

En France, le travail scientifique aux organisations se réalise grâce aux recherches en sociologie et avec le développement de cette discipline on a de plus en plus des approches liées : sociologie industrielle, sociologie des organisations, sociologie du travail, Approches systémiques, approches systémiques de la décision, approche culturelle des organisations, sociologie des professions, sociologie de la justification, sociologie de la traduction. Toutefois pour l’analyse de la communication ne suffit pas de voir que l’évolution dans la sociologie des organisations ou sa culture organisationnelle. Il faut aussi penser au langage et à la sémiotique qui existe déjà dans les travaux. De plus, pour une « action organisée », « le contexte sociologique français propose les bases d’une théorie de l’action aussi bien que d’une théorie de l’organisation et d’une théorie de l’activité ». (Delcambe, 2007) Nicole Giroux, chercheur au Québec, il va encore plus loin pour faire une analyse profonde des différentes théories et de ses approches : ex « les théories de l’action font dialoguer sociologues de l’action, pragmaticiens et interactionnistes », « les théories de l’organisation font dialoguer sociologues des organisations, socioéconomistes et spécialistes des sciences de la gestion », « les théories de l’activité font dialoguer sociologues,( De Terssac, 2002 ; Dodier 1992) spécialistes de la psychologie ou de la psychopathologie du travail (Clot 1995 ; Dejours 1980) et ergonomes (Guerin et autres, 2001) ».

En France il y a une différence entre les disciplines qui séparent les dirigeants et les consultants avec la position scientifique et les disciplines qui combinent le travail de chercheur et celui du consultant.

Les sciences de l’information et de la communication (SIC) 1970-1985

Pendant cette période là, c’est grâce aux sciences de l’information et de la communication en France qu’on avait une forte structuration de la communication à travers les différentes approches.  La discipline de l’information et de la communication qui n’était pas basée sur une théorie stable pour le moment, a proposé un cadre d’analyse selon lequel l’information est le contenu et la communication est le processus. L’information donc « renvoie à l’information aux données (data), aux documents, à l’information médiathique (news) et aux contenus des mass-médias ». « Les processus sont aussi bien la production que la circulation, la transmission ou la réception ». A l’époque les théories de la communication ne sont pas claires et pour cela l’approche de cette analyse par les français et les québécois, facilite la définition des formes de l’information : l’analyse du discours et de la sémiotique jouent un rôle déterminatif pour l’analyse des formes et formats d’information ainsi que pour les formes « d’échange dans une tradition proche de l’interactionnisme ». Cette approche se diffère de celle de la quantitative et la qualificative qui domine en sciences sociales, et elle arrive jusqu’à l’analyse des « enjeux socioéconomiques des transformations des industries culturelles et de l’information.

Mais quelle était l’évolution chronique des domaines de recherche en France °?

En réalité, plusieurs chercheurs en communication organisationnelle prennent comme thème les usages de travail, les outils de communication ou des systèmes d’information. Par la suite ils analysent et ils critiquent les problèmes posés dans le domaine des industries culturelles, des transformations du capitalisme etc., au niveau socioéconomique. Pour faire une telle analyse c’est nécessaire d’étudier des documents, des supports, des formes, des systèmes d’information, ainsi que de les modifier. Il ne faut pas bien sûr oublier le management et la façon dont il est lié avec la communication pour l’organiser dans ses différents services. En ce qui concerne le niveau de la recherche, un certain nombre des chercheurs développent l’analyse du capitalisme à celle de l’évolution des organisations.

Emergence d’un champ professionnel et des formations supérieures en SIC (1975-1995)

Au cours de ces années, le domaine de l’information et de la communication satisfait l’énorme demande sociale d’enseignants-chercheurs dans cette formation. Il n’y a aucune rivalité entre les formations universitaires de cette discipline et les formations en management et en gestion des grandes écoles. Viale en 1997  parle des « espaces laissés vacants par les autres disciplines » pour la communication dans les entreprises et les organisations.

Cependant il y a la différenciation de certains types de la communication : communication des entreprises et des organisations= « communication interne », communication institutionnelle, communication publique, communication financière, communication de crise= « communication externe ». Ces approches sont des réflexions françaises sur la communication en entreprise qui ne sont pas forcement liées à la réflexion managériale nord-américaine.

De sa part la formation pour exercer des travaux liés à la communication s’appuie sur la connaissance de l’environnement communicationnelle et organisationnelle, mais aussi sur celle de la recherche. D’un côté à part des entreprises industrielles de process, il y a d’autres secteurs qui appartiennent plutôt à la sociologie industrielle : secteur de l’automobile, celui des industries mécaniques et l’industrie du tabac (Desmarets, 1986 ; Mottez, 1971). Un grand pourcentage des recherches se réalisent dans des organisations publiques françaises (hôpitaux, France Télécom, Electricité de France), dans des petites et moyennes entreprises, dans des organisations sanitaires et sociales ou non gouvernementales (ONG). Pour cela les analyses deviennent plus compliquées. De l’autre côté, les chercheurs qui ont une relation directe avec la pratique de la communication dans des secteurs liés, à cause de l’accomplissement des stages de leurs étudiants, ils développent une autre réflexion, très différente de celle qui est proposée par les théoriciens : « une littérature professionnelle centrée sur le pilotage managérial de la communication interne et externe dans l’entreprise ». Avec leur expérience ils ont un point de vue plus global, au niveau international car ils travaillent dans des entreprises internationales. Par conséquence, ils considèrent les 1) communications entre entreprises ou entre organisations= d un même secteur non-marchand, 2) les communications entre les entreprises et leurs sous-traitants, la sociologie du travail et le réseau « Langage du Travail » (Borzeix et Fraenkel, 2001), entre salariés. = une tradition proche.= =double élargissement selon le contexte français de cette discipline.

Communication organisationnelle

La Société française des sciences de l’information et de la documentation (SFSIC) a aidé à la reconnaissance du travail des chercheurs, car elle organise des congrès en encourageant la réflexion collective. On a donc une coexistence des recherches. Cependant  les recherches dédiées à l’objet de la « communication des organisations » se sont reconnus beaucoup plus tard (décennie 1990), en se groupant dans une organisation qui existe jusqu’à aujourd’hui, l’Org&Co (1993). Avant, les chercheurs qui s’occupaient du sujet, ils utilisaient d’autres approches scientifiques : « analyse systémique (rien à faire avec le management), analyse des usages des outils de communication, analyse critique des formes du management, analyse du travail communicationnel des salariés ».

Avec l’Org&Co on a la vraie formulation de la « communication organisationnelle parce que comme acteur collectif, pendant une dizaine d’années, il cherchait d’accumuler, d’organiser et d’éditer les travaux de ce champ des recherches (Bouzon 2006 ; Delcambre, 2000 ; Le Moenne, 2000, 1998).

Vers la fin des années 1990, une nouvelle génération des profs propose la filière de la recherche en communication organisationnelle. La même génération a décrit cinq paradigmes de la structuration de la communication organisationnelle en France p.27 « il s’agit de constructions coexistantes et situées, non achevées, empruntant à différentes ‘espaces’ théoriques pour se positionner et s’inscrivant ainsi dans une tradition. Le dialogue ne se fait qu’au prix de la compréhension par chacun de ce dont sont faits les traditions et les enjeux scientifiques des autres. Il ne s’agit pas de constructions étanches, mais leurs conditions d’opposition ou leur dialogue ne se manifestent que dans un projet qui n’est pas pour l’instance élaboré. » egw : système de représentations, de valeurs, de normes qui influent sur la perception du monde.

a)     « Un paradigme des logiques sociales des phénomènes communicationnels et informationnels, basé sur des travaux de sociologie (Boltanski et Thévenot, 1991 ; Castoriadis, 1975 ; Linhart, 2008) et sur une analyse des évolutions des formes d’organisation des entreprises dans un environnement qui exige de nouvelles réponses idéologiques, organisationnelles et communicationnelles pour la mise au travail ». Dans ce cas l’information et la communication sont considérées comme des nouvelles formes de management et de la gestion des entreprises= état du capitalisme.

b)    «  Un paradigme systémique, basé sur une analyse des systèmes d’acteurs propres à différents types d’organisations, dans une tradition française faisant appel à Michel Crozier et à la sociologie des organisations (Bernoux, 1985), bien informée de la tradition nord-américaine ». Approche d’Alex Mucchielli (1999, 1995).Ici la communication est considérée comme un processus qui change le contexte de situation.

c)     « Un paradigme des comportements communicationnels, souvent basé sur des analyses psychologiques, mais aussi sur l’étude des réponses organisationnelles des métiers, agences ou services intégrés de communication à des situations communicationnelles définies dans leurs spécificités (communication des risques, communication des crises etc ».  Approche d’Arlette Bouzon (2004). Dans cette perspective les chercheurs s’intéressent  plutôt à la diffusion de leurs connaissances par des représentations collectives car l’objectif c’est la logique du projet.

d)    « Un paradigme sociotechnique, basé sur l’analyse des transformations des systèmes informationnels et des systèmes de production des produits et des connaissances dans l’environnement des technologies de l’information et de la communication ». Approche développée en France par Anne Mayère et qui a une double tradition : de l’économie de l’information et celle des usages des TIC (Jouet, 2000). Dans ce cas on a la consolidation de l’analyse de l’activité.

e)     « Un paradigme de l’activité, basé sur des analyses situées d’organisations dans divers secteurs d’activité et élaborant l’analyse de la contribution des individus et des métiers à la production collective de biens ou de services ». Lié à la sociologie et à la psychopathologie du travail et proche de l’interactionnisme et de la perspective « Langage et Travail ».(Borzeix et Fraenkel, 2001 ; Grosjean et Lacoste, 1999). Il s’agit d’une activité ordinaire, souvent présentée comme pragmatique, dans des domaines différents : éducation, hôpital, bâtiments, travaux publics. Cette dimension pragmatique oblige le chercheur de faire des analyses plus profondes, qui passent par certains processus, pour montrer la base anthropologique du travail communicationnel et informationnel. Pour pouvoir passer par les différentes étapes, le chercheur doit passer par une activité langagière au travail, activité de compréhension et d’expression (Delcambre, 2007).

Conclusion : depuis 2000

Pendant les dernières années, les recherches autour du sujet de la communication organisationnelle, se sont passées au niveau national. La dernière génération à profité de terrains d’étude déjà existantes par les deux, trois premières générations qui ont offert des recherches complètes dans la discipline. Son rôle est donc de définir une « approche communicationnelle des organisations » (ACO) (Bouillon et autres, 2007 et 2008) qui est différente de l’étude de la « communications dans les organisations ». Bouillon parle de nouvelles articulations en trois niveaux : situations de communications (négociation, coordination, etc.), processus de communication (dispositifs techniques et organisationnels) politiques de communication (circulation de discours et propositions de nouvelles formalisations des activités communicationnelles et organisationnelles).  On ne sait pas encore l’expansion de ces trois registres mais, ce qui est sûr est l’ouverture déjà par plusieurs chercheurs des plusieurs pistes pour développer : distinction des usages domestiques et les usages professionnels, distinction antérieure entre communication et information et pas entre processus et contenu, utilisation des systèmes d’information pour séparer le travail entre ce que la machine et ce que l’acteur peut faire (écran, travail en distance)…

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